LIBRE SALMIGONDIS
Publié par le blogue à Jack ©2005, 06
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Publié le jeudi 29 juin 2006

Jeudi 29 juin 2006

LA RÉVOLTE ET LES SONGES

Ainsi la boucle de la révolte et des songes ne se réduit pas à un coup de trompette sous le titre en cendre d'un journal jeté en après-midi dans les poubelles de jadis.  Jadis rapetissé comme une infirmité.  Aujourd'hui, dépaysé, démesuré, sans histoire ni poubelles ne peut pas prétendre être seulement l'infirmerie où l'on coupe les têtes à la télé. 

Il y a longtemps, mais c'est encore vif,  j'ai lu le récit d'un jeune Français se trouvant en exil à New York en 1942 pendant la Seconde Guerre Mondiale.  Il  y fait la rencontre d'André Breton et cela le bouleverse car il réalise que sa révolte spontanée, son effronterie n'est pas seule au monde.  Il est porté par un coeur parfois splendidement odieux.  Un poète chaussant les semelles de vent du XXe siècle.

J'ai adoré ce petit bouquin lu à 17 ans. Je l'ai lu d'un trait alors que je séchais un cours au collège.  Ces lignes m'ont donné le goût de l'aventure surréaliste.  Je m'y reconnaissais.  Julien Gracq n'a-t-il pas dit que «le surréalisme est à la portée de tous les inconscients»?  Du moins, il me semblait connaître d'emblée quelques bribes d'une langue sous jacente aux yeux de fougères.  Que je voulais baraguiner. 

J'avais le même âge que le narrateur dont le nom m'a longtemps échappé.  Le WEB aide à retrouver ses amis!  Il s'agit de Charles Duits, qui s'écrit comme un Puits. Qui publie encore de nos jours.

J'ai donné le livre à mon ami Gurrie, décédé depuis.  Le titre, chez Denoël est : André Breton a-t-il dit passe

Avec mes grands trous d'ignorance, je viens de saisir que cette énigmatique formule se trouve à conclure un poème magnifique de Breton, très connu sans doute par ailleurs, qui date, sauf erreur, de 1919.  Il s'agit de Tournesol que voici en entier. 

Tournesol

La voyageuse qui traverse les Halles à la tombée de l'été

Marchait sur la pointe des pieds

Le désespoir roulait au ciel ses grands arums si beaux

Et dans le sac à main il y avait mon rêve ce flacon de sels

Que seule a respiré la marraine de Dieu

Les torpeurs se déployaient comme la buée

Au Chien qui fume

Où venaient d'entrer le pour et le contre

La jeune femme ne pouvait être vue d'eux que mal et de biais

Avais-je affaire à l'ambassadrice du salpêtre

Ou de la courbe blanche sur fond noir que nous appelons pensée

Les lampions prenaient feu lentement dans les marronniers

La dame sans ombre s'agenouilla sur le Pont-au-Change

Rue Git-le-Cœur les timbres n'étaient plus les mêmes

Les promesses de nuits étaient enfin tenues

Les pigeons voyageurs les baisers de secours

Se joignaient aux seins de la belle inconnue

Dardés sous le crêpe des significations parfaites

Une ferme prospérait en plein Paris

Et ses fenêtres donnaient sur la voie lactée

Mais personne ne l'habitait encore à cause des survenants

Des survenants qu'on sait plus dévoués que les revenants

Les uns comme cette femme ont l'air de nager

Et dans l'amour il entre un peu de leur substance

Elle les intériorise

Je ne suis le jouet d'aucune puissance sensorielle

Et pourtant le grillon qui chantait dans les cheveux de cendres

Un soir près de la statue d'Etienne Marcel

M'a jeté un coup d'œil d'intelligence

André Breton a-t-il dit passe

André Breton

par Jacky boy | le 2006-06-29 13:41:09 | PERMALIEN
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